L’ESPÉRANTO ? QUEL INTÉRÊT ? par Pierre Jaffré


Histoire d’une langue vivante respectueuse de toutes les cultures.

« Je suis pour un même calendrier pour le monde entier, comme je suis pour une même monnaie pour tous les peuples et pour une langue auxiliaire mondiale comme l'espéranto pour tous les peuples." - Gandhi.


La démocratie, ça commence au bout de la langue :

 "Celui qui impose sa langue impose l'air sur lequel doivent gesticuler les marionnettes."  - Mark Starr, éducateur, États-Unis
"Imposer sa langue, c'est imposer sa pensée"  - Claude Hagège, linguiste français

Beaucoup de gens ont déjà entendu le mot « espéranto » et ont une vague idée de ce dont il s’agit, mais peu de monde sait ce que l’espéranto est réellement. En bref : c’est une langue qui a été créée pour la communication entre personnes de langues maternelles différentes. Si vous devez retenir une seule chose de cet article, c’est la phrase suivante : l’espéranto est une langue vivante. J’y reviendrai.
En 2017, 130 ans après sa création, l’espéranto est utilisé comme une langue véhiculaire, c’est-à-dire une langue employée comme moyen de communication entre interlocuteurs n’ayant pas la même langue maternelle. On estime que la langue compte 3 à 10 millions de locuteurs, originaires d’au moins 120 pays. Si le nombre exact est difficile à déterminer, le Guinness world des records en comptabilise 6 millions. Facile, pratique, humaniste, la langue n’a pas pour but de remplacer les langues existant dans les différents pays du monde, ni d’imposer son hégémonie comme l’anglais, devenu progressivement la langue de la politique, de l’économie et des technologies.


Un peu d’histoire
Tout commence à Białystok, une ville du Nord-Est de la Pologne. Ludwik Lejzer Zamenhof (parfois francisé en Louis Lazare) naît en 1859, à l’époque où la ville appartenait à l’Empire russe. Elle est habitée par plusieurs communautés dont les principales sont les Russes, les Juifs, les Allemands et les Polonais, qui ont tous leur propre langue. Zamenhof est souvent présenté comme polonais en raison de la situation actuelle de Białystok, mais il se considérait lui-même comme un Juif de Russie.
Les tensions entre les communautés sont importantes et Zamenhof se dit que les difficultés de communication y jouent un rôle. Sans résoudre tous les problèmes, une langue commune ouvrirait la voie à une résolution plus pacifique des conflits. Cependant, il est inacceptable qu’un peuple impose sa langue aux autres, et Zamenhof se lance dans l’élaboration d’une langue. Son but : que la langue soit facile à apprendre, même pour les gens peu éduqués, et qu’elle puisse être utilisée pour communiquer avec des gens de langues différentes.
Le 26 juillet 1887, après plusieurs années de travail, il publie une brochure en russe, intitulée Langue Internationale sous le pseudonyme Doktoro Esperanto (« celui qui espère »), bientôt suivie d’éditions en français, allemand et polonais. Son pseudonyme finira par désigner la langue elle-même.
Zamenhof n’est pas le premier ni le dernier à avoir eu l’idée d’une langue auxiliaire internationale. Mais des gens se sont mis à apprendre et à utiliser la sienne. En 1905, le premier congrès mondial d’espéranto à Boulogne-sur-Mer, prouve que la langue marche en pratique. Dans les années 1920, l’espéranto est proposé comme langue de travail de la Société des Nations devenue par la suite l’O.N.U. La proposition, soutenue par des pays tels que le Japon et la Perse, échoue notamment à cause du véto de la France, qui estime que la langue internationale est, et doit être le français (bravo les gars).
La Seconde Guerre mondiale n’est pas propice à l’espéranto : Hitler y voit un complot juif, Staline n’y est pas beaucoup plus favorable ; le fils de Zamenhof est tué pendant la guerre et ses deux filles meurent à Treblinka ( son petit-fils, Louis-Christophe, survit heureusement à la guerre et réside actuellement en France). Néanmoins, la langue n’a jamais cessé d’être parlée et l’est toujours aujourd’hui. Internet lui a donné une seconde jeunesse, permettant de s’informer et de l’apprendre beaucoup plus facilement qu’avant.


À quoi ça ressemble ?
Les gens qui ne connaissent pas l’espéranto disent souvent que ça ressemble à de l’espagnol ou à de l’italien. En fait, 70 % des racines sont latines. Ceci explique cela.
L’accent varie selon les pays et les individus. Parfois, il suffit de quelques mots pour savoir que quelqu’un est Français, Allemand ou Russe, mais d’autres personnes ont un accent plus neutre et difficile à identifier.
Une grammaire régulière
L’espéranto, conçu pour être le plus facile possible à apprendre, a une grammaire très régulière. Il n’existe aucun verbe ou pluriel irrégulier. Il s’écrit comme il se prononce et inversement.
Par exemple, voici la conjugaison complète de « voir » :
• infinitif : vidi,
• présent : vidas,
• passé : vidis,
• futur : vidos,
• conditionnel : vidus,
• impératif : vidu.
Une fois que vous avez mémorisé ces terminaisons (qui ne varient pas selon les personnes), vous pouvez les appliquer à tous les verbes.
Un vocabulaire potentiellement illimité
Le vocabulaire de l’espéranto a été essentiellement tiré des langues considérées, « importantes », à l’époque de Zamenhof : langues romanes(en particulier latin, français et italien), langues germaniques (anglais, allemand), grec ancien et un peu de langues slaves (russe, polonais), en choisissant si possible des racines communes à plusieurs langues.
Mais le grand avantage de l’espéranto réside dans le système de formation des mots. Les noms se terminent en -o (foto : photo), les verbes en -i (foti : prendre en photo), les adjectifs en -a (fota : photographique), les adverbes en -e (fote : photographiquement). Mais surtout, on peut combiner les racines entre elles et avec de nombreux préfixes et suffixes. Par exemple, à partir de maro (mer), on peut former :
• mara : marin,
• mareto : petite mer,
• senmara : sans mer (senmara lando : un pays enclavé),
• maristo : marin (« professionnel de la mer »),
• marakvo : eau de mer,
• marblua : bleu marine,
• submara : sous-marin (adjectif),
• submarŝipo : sous-marin (« bateau sous-marin »),
• surmariĝi : amerrir (« devenir sur la mer »),
• submariĝi : plonger (« devenir sous la mer »),
• elmariĝi : émerger, sortir de la mer (« devenir hors de la mer »).
La liste est potentiellement illimitée. Quand on a l’habitude, ce système est très pratique : on peux être certain qu’un espérantophone comprendra elmariĝi même s’il ne l’a jamais entendu, et il ne relèvera probablement pas que je viens d’inventer un mot.
Ce système de formation réduit beaucoup le nombre de mots qui doivent être appris, même pour ceux dont la langue maternelle n’a pas servi de source au vocabulaire de l’espéranto : alors qu’en français, « mouton » et « agneau » sont des mots très différents en espéranto, c’est ŝafo et ŝafido. Sans vérifier dans un dictionnaire, je ne sais pas comment s’appelle le petit du lièvre en français. En espéranto, je ne me pose même pas la question c’est : leporido.


Facile à apprendre ?
Les espérantophones vous diront souvent que l’espéranto est une langue facile. Plutôt que « facile », il serait plus juste de dire « moins difficile ». Apprendre l’espéranto demande des efforts et de la pratique comme n’importe quelle langue : vous pouvez vous familiariser avec l’essentiel de la grammaire en un après-midi, mais c’est en utilisant la langue que vous formerez des automatismes. Ne vous focalisez donc pas sur le mot « facile » et ne vous découragez pas à la première difficulté rencontrée : l’espéranto est beaucoup moins « latin » qu’on pourrait le penser de prime abord et tout ne marche pas comme en français.
Néanmoins, dans la grande majorité des cas, l’espéranto demande significativement moins d’efforts que les autres langues. Je connais des nuls en langues autoproclamés qui l’ont appris avec succès.
Une langue bien vivante
On pense souvent que l’espéranto est une idée, un projet, une expérience, voire un jeu linguistique, mais ce n’est pas le cas : c’est une langue vivante. Je sais que j’insiste beaucoup sur ce point, mais ce fait doit être souligné. Il y a des gens qui utilisent l’espéranto quotidiennement, avec leurs amis, dans leur couple, en famille, voire au travail . Les débutants en espéranto ont souvent des idées pour « améliorer » la langue, sans savoir qu’elle est déjà utilisée depuis bientôt 130 ans : changer tel ou tel aspect de l’espéranto n’est pas plus possible que supprimer les genres en français.


Créée par un seul homme ?
L’espéranto utilisé aujourd’hui n’est pas le projet de Zamenhof. Sa brochure contenait seulement neuf cents racines et seize règles de grammaire assez vagues, pour laisser la communauté faire évoluer la langue. Zamenhof préférait d’ailleurs être appelé l’« initiateur » de l’espéranto, plutôt que son « créateur ». De nos jours, l’espéranto a plus de 15 000 racines (que l’on peut combiner pour former énormément de mots) et une grammaire stable s’est formée avec l’usage.
L’espéranto, comme toutes les langues vivantes, évolue : de nouveaux mots sont créés, d’autres deviennent archaïques. Il existe une académie d’espéranto qui entérine l’usage observé, mais les nouveaux mots sont créés par les utilisateurs de la langue : dans les années 70, on hésitait entre komputero et komputilo pour « ordinateur », mais ce dernier a fini par gagner (le suffixe -ilo désigne un instrument) et komputero est aujourd’hui un archaïsme.
Oui, mais… à quoi pourrais bien me servir l’espéranto par la suite ?
D’abord, notre association Espéranto-Vannes (www.esperantovannes.fr) invite, une ou deux fois par an, des espérantophones du monde entier qui donnent gratuitement des conférences-débat sur des sujets très divers concernant leurs pays, ou, sur des thèmes spécifiques, en espéranto bien sûr mais avec également une traduction simultanée par un(e) de nos membres. C’est ainsi que nous avons reçu par exemple :
Des Italiens, Tchèques, Russes, Uruguayens, Cubains, Argentins, Kazakhs, Népalais, Américains, Japonais, Chinois, Bulgares… lesquels sont logés et nourris par nous durant leur séjour.
Le dernier en date était le Chinois WANG Tianyi spécialisé dans le commerce international en espéranto le 27 mars 2019.

 2019 Le Chinois WANG de la ville de Xian à lile Berder avant sa conférencejpg    2018 Dennis Keffe lors dune conférence à Vannes
   Avec ma correspondante Maria   Mais mon épouse, Édith et moi, avons aussi été invités à passer une, deux semaines ou plus chez des espérantophones à l’étranger.
C’est ainsi que nous avons passé des vacances chez Maria en Slovaquie qui nous a fait découvrir son pays, villes, musées, châteaux et randonnées dans les montagnes des Tatras. Nous avons aussi passé 3 semaines à Cuba, invité par notre ami Amparado, qui habite à Ciego De Avila. Comme il avait lui même des amis dans d’autres villes cubaines, nous avons été reçus par d’autres espérantophones dans toute la province d’Oriente et la Havane bien sûr.
Nous avons encore été invités en Russie, en Lituanie, en Colombie et j’en oublie sûrement. Pourquoi pas puisqu’il n’y a plus de barrière des langues.
Je me rappellerai toujours de mon premier appel téléphonique en espéranto. J’avais trouvé dans le Pasporta Servo. Il habitait au Brésil et était avocat. Je bafouillais sans doute un peu mais j’avais décollé et depuis je vole.   
   Alexandre Mélikov sur le port de Vannes  
   Dur dur de grimper la montagne près de Nitra Slovaquie.13 r      Héléna et Radka r  
   CUBA Avec des postiers de Ciégo de Avila      Diner chez les Jaffré avec la russe Svetlana 2 ème à gauche11  
   CUBA      Chez Thu et ses amis espérantophones à Hanoï  


L’UNESCO a adopté en 1954 une résolution en faveur de la langue internationale l’espéranto. Sa revue « Le courrier de l’UNESCO ». Elle n'est éditée qu’en  8 langues dont l’espéranto. À noter que Google traduit également en espéranto.
En 2005, le Haut Conseil à l’Évaluation de l’école avait demandé un rapport sur la langue la mieux appropriée pour l’Europe (qualité et coût) en tant que langue de travail.
C’est au Professeur suisse GRIN que fut confié cette tâche. Contre toute attente le Pr. GRIN pris en compte également l’espéranto qui s’avéra être la langue la mieux adaptée et le rapport mis rapidement au fond d’un tiroir. La plupart des enseignants n’en n’ont jamais eu connaissance.
Ce rapport est à votre disposition sur le site : Rapport du Pr. GRIN - "L'enseignement des langues étrangères comme politique publique".


Aujourd’hui avec internet, l’espéranto progresse dans le monde. Skype, facebook, twitter, messageries internet… Tous les lundis soir je discute pendant une à deux heures avec une de mes correspondantes, Vida, en Lituanie, mais rien ne vous empêche d’envoyer des cartes postales à vos correspondants collectionneurs ce qui est mon cas grâce à « Poŝtkruciĝo » par exemple.

COMMENT APPRENDRE L’ESPÉRANTO ?

Le mieux est encore de s’inscrire à une association locale qui l’enseigne.
Il y en a 5 dans le Morbihan les voici avec le nom des responsables, n° de téléphone, adresse mail :

  • VANNES : Mme Élisabeth LE DRU 06 21 07 11 09 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
  • SARZEAU : M. Francis DESMARES 02 97 26 89 96 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
  • PONTIVY : Mme Marielle GIRAUD 02 9 727 76 98 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
  • LORIENT : Mme Anne GEORGET 02 97 64 30 39 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
  • HENNEBONT : Mme Yvette VESLIN 02 97 36 08 75 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Et pour aller plus loin