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histoire des telecommunicationsvignette livres

Article relatant les actions très risquées et donc héroïques de Robert Keller, ingénieur des PTT et d’un groupe d’agents sûrs.

L’histoire de la source K est normalement disponible dans les bibliothèques de La Poste, mais les retraités postiers ou « orangeais » connaissent-ils ces évènements qui ont eu une importance capitale dans la préparation et le déroulement du débarquement en 1944 ?
Georges Pondaven

 

 Une action de résistance dans les PTT
pendant la guerre

Extrait du livre « Histoire des télécommunications en France » dirigée par Catherine Bertho

Lorsqu’on resserrait les rangs

La guerre fut l’occasion de rapprocher deux milieux qui travaillaient trop peu ensemble, les ingénieurs des télécommunications militaires et civils. Le Comité de Coordination des télécommunications impériales, créé en octobre 1944 servit à abriter une partie des services de transmissions et de renseignements ; leurs cadres y côtoyèrent les ingénieurs des services civils homologues, et le travail en commun porta de tels fruits qu’il fut poursuivi jusqu’après guerre. D’autres spécialistes militaires furent accueillis dans divers services de PTT et y jouèrent un rôle parfois important, comme l’a montré, entre autres l’épisode de la Source K.

La Source K

Les faits de résistance spécifiques aux PTT en France se trouvent aussi bien du côté des postiers que des télécommunicants. Un peu partout, les postiers espionnèrent par exemple le courrier suspect, détruisant au passage les lettres de dénonciation à la Gestapo, à la milice. Le personnel des télécommunications avaient un autre moyen d’action privilégié, les écoutes téléphoniques : souvent le simple fait pour une opératrice d’alerter des personnes ou des groupes résistant après avoir surpris des conversation entre des services de police et une gendarmerie locale, ou bien entre les responsables d’une opération de « maintien de l’ordre », permit aux gens menacés de déjouer l’arrestation, ou aux chefs de maquis d’effectuer un repli immédiat avec leurs hommes. Ainsi, une communication téléphonique interceptée entre la préfecture et la milice d’Annecy épargna t elle aux maquisards du Grand-Bornand le sort de leurs camarades du Vercors. Il y eut des « écoutes » plus délicates au point de vue techniques et plus dangereuses pour leurs auteurs. L’une d’elle garde pour l’histoire le nom de « source K » et la mémoire de l’ingénieur des télécommunications Robert Keller, son animateur : un capitaine du 2è bureau, camouflé dans les PTT avait eu l’idée de surprendre les communications téléphoniques allemandes qui s’échangeaient entre la Kommandantur de Paris et les services de Berlin via le câble Paris-Metz. L’écoute était impossible dans les centres de relais d’amplification car les techniciens français étaient étroitement surveillés par des techniciens allemands. Les seules solutions étaient une dérivation clandestine. Avec la complicité de hauts responsables, un pavillon fut loué à Noisy-le-Grand le long du trajet du câble ; des appareils d’adaptation et des amplificateurs spécialement étudiés dans ce but y furent installés, et des opérateurs polyglottes recrutés. Enfin le 16 avril 1942, en pleine nuit, Robert Keller, avec une petite équipe, sous le prétexte d’une panne qu’il avait lui-même provoqué, ouvrit une fouille en bordure de la route nationale, la couvrit de la tente traditionnelle et pratiqua un à un les branchements nécessaires sur les 70 circuits du câble, sans éveiller les soupçons ni des conducteurs de voitures circulant sur la route ni des techniciens de garde dans les stations. La tranchée refermée au petit matin, le système fonctionna pendant 5 mois, livrant des renseignements inestimables aussitôt envoyés à Londres par radio émetteur. Au bout de 5 mois, Keller, effrayé par les propos indiscrets qui couraient, coupa la liaison, mais en créa une semblable et dans les mêmes conditions le 16 décembre 1942 à Livry-Gargan, sur le trajet du câble Paris-Strasbourg. 6 jours plus tard, sur une dénonciation, il était arrêté et envoyé au camp de concentration où il mourut. De ses compagnons, également arrêtés, un seul revint.

Cet épisode -qui est loin d’être unique- est exemplaire non seulement par le courage de ses protagonistes mais par les compétences et les complicités techniques qu’il impliqua dans l’administration, dans les laboratoires publiques et jusque dans l’industrie. Car, dans la France humiliée des années 1940-1944, la technique des télécommunications n’est pas restée immobile, elle a même gagné en efficacité du fait qu’on y resserra les rangs.